Imprimer

Joël Magne, secrétaire général d'AFDI Auvergne (Agriculteurs Français et Développement International) a présenté une conférence sur ce thème et plus précisément "comprendre l'incompréhension qui s'est installée entre l'agriculture et la société."

 Joël Magne

 

Une histoire...

A la sortie de la 2° guerre mondiale, l'agriculture avait pour mandat de nourrir la population.

Ceci accompli, dans les années 60, un 2° mandat de produire pour exporter lui a été assigné et pour cela, bon nombre de réformes ont été mises en place, notamment par E.Pisani. Ce 2° mandat a, lui aussi, été brillamment réussi avec des records de productivité. Pendant ce temps, la société augmentait son pouvoir d'achat et entrait dans la société de consommation.

C'est en 1983, lors des Etats Généraux du Développement (une réunion par canton), qu'aurait dû se définir le 3° mandat. Mais, pour diverses raisons, ce fut une occasion manquée. L'agriculture a continué sur sa lancée, seulement freinée par les quotas et la jachère, pendant que la société  se tournait vers les loisirs en idéalisant la nature, tout en déconnectant son alimentation de l'agriculture. C'est là que démarre l'éloignement  entre elles et qui débouche sur l'incompréhension actuelle.

 

Un contexte...

L'agriculture -  depuis la création de OMC (Organisation Mondiale du Commerce) - s'inscrit dans un contexte de mondialisation avec circulation des marchandises et libre concurrence.

La population mondiale s'accroît avec 9 milliards de personnes à nourrir à l'horizon 2050. Pour cela, 2 solutions s'affrontent ...

   - Jusqu'à ces dernières années, on parlait essentiellement de sécurité alimentaire et, pour cela, on préconisait une agriculture intensive, voire industrielle , pratiquée dans les zones ayant les fameux avantages comparatifs :climat favorable, terres disponibles en grande surface, lois sociales et environnementales laxistes...ce qui ne correspond pas à la Lozère.

   - Il y a une douzaine d'années, les pays du Sud, notamment à partir de la crise du poulet congelé, ont milité pour la souveraineté alimentaire, c'est-à-dire la capacité des paysans à nourrir leur propre pays. Cette notion revêt, comme la sécurité alimentaire, l'aspect économique  avec un prix juste pour le producteur et possible pour le consommateur..Mais, on y ajoute un aspect social avec la vie des territoires ruraux et, pour nous, un aspect culturel avec la reconnaissance des terroirs.

A cela s'ajoute un argument de poids, c'est que "dans des pays où plus de 50% de la production mondiale a moins de 15 ans et où 75% de la population vit autour de l'agriculture, si l'agriculture ne donne pas un avenir aux jeunes, il ne leur reste que la migration ou daech" comme le dit le 1° ministre du Burkina-Faso ; c'est directement catastrophique pour les pays du Sud mais indirectement pour les pays du Nord.

Ce débat s'esr concrétisé par "2014 Année Internationale de l'Agriculture Familiale."

Depuis, on parle des agricultureS familiales - pluriel pour bien marquer leur diversité entre pays et même à l'intérieur d'un pays - pour nourrir la planète... Et, dans ce contexte, la Lozère retrouve toutes ses chances !

 

Affiche agriculture familiale1              Affiche agriculture familiale2

 

Le 3° mandat repasse...

Après les "30 Glorieuses", l'agriculture s'est enfoncée dans les crises successives, laissant les paysans désemparés, en mal de reconnaissance sociale, au point de les décourager et de les pousser au suicide (250/an).

Ces "30 Glorieuses" ont poussé la société à consommer en oubliant de rémunérer sa nourriture à son juste prix ; seulement 4% du salaire en produit agricole dans l'assiette ! Cette décompression du prix de l'alimentation a conduit à des scandales alimentaires qui laissent le consommateur tout aussi désemparé jusqu'à devenir "végan" en prônant l'abolition totale de l'élevage...

 

C'est donc le moment de se parler et de négocier - enfin- ce 3° mandat qui serait donné à l'agriculture !

Les Etats Généraux de l'Alimentation , même s'ils ont du mal à déboucher sur du concret, devraient amorcer la définition de ce 3° mandat  :

     - Pour les paysans : triple interrogation concernant leur production : Combien ?( régualation...) / Comment ? (durabilité...) / A quel prix ? (coût de revient...) ;

     - Pour les consommateurs : triple interrogation sur leur consommation : Combien ? (gaspillage...) / Comment ? (local, de saison...) / A quel prix ? (juste prix...).

Ce 3° mandat sera le résultat de la convergence de ces deux triples interrogations pour trouver des "acceptabilités réciproques" et pour cela, il faut se parler !

 

Comparée à l'agriculture de la Bretagne, de la Picardie...il était convenu de dire que la Lozère était en retard.

Mais, à l'heure de l'agro-écologie, des circuits courts...la Lozère se retrouve plutôt en avance , d'autant qu'ici, le dialogue n'a pas été rompu entre l'agriculture et la société !

 

 

@ Texte : Joël MAGNE.  

Photos et illustrations : Joël MAGNE / CERBB

@CERBB. mars 2020.